
OCDE
Date : 2012-01-10 Sujets :
Des solutions aux inégalités croissantes
Par Christian Bolduc
Coordonnateur de la rédaction
Éditeur des infoKöSE
Bon, maintenant que le ragoût de pattes de cochon a été digéré, que les vœux pour la nouvelle année ont été transmis aux amis et à la famille, que les partys bien arrosés ont fait place au mal de bloc et que les résolutions ont été prises avec plus ou moins de conviction, il est temps de se remettre en selle et de réfléchir au monde plus juste que nous souhaitons contribuer à bâtir.
En effet, beaucoup de pain sur la planche si on se fie au plus récent rapport que l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a publié au début du mois de décembre dernier.
Les conclusions auxquelles elle arrive peuvent se résumer par ceci : les inégalités socio-économiques, dans les 34 pays membres, tendent vers un accroissement dont les répercussions sur le bien-être des collectivités se font de plus en plus sentir au quotidien.
Le titre du rapport Toujours plus d'inégalité : pourquoi les écarts de revenus se creusent peut définir, à lui seul, cette tangente néolibérale des idéologues économiques, ploutocrates et politiques occidentaux dont la résultante est l'augmentation des écarts entre riches et pauvres depuis 30 ans, et ce même si la croissance économique a été longue et globalement enrichissante à peu près tous les pays membres.
Un indice important de ces politiques est l'écart – 9 fois supérieur - entre le revenu moyen du décile (10%) le plus riche et celui du plus pauvre.
Colligées sur une très longue période, les données de ce rapport indiquent un désengagement progressif de plusieurs gouvernements membres en regard aux politiques d'emplois, politiques fiscales, programmes sociaux, la lutte à l'invasion fiscale et un laxisme complice face aux délocalisations, le symbole le plus perceptible de cette nouvelle phase de mondialisation de l'économie.
La magie des idéologues de la croissance infinie n'a pas donné les résultats annoncés quant à une distribution plus équitable du travail et des revenus. En préconisant une déréglementation massive du marché, les tenants de cette approche ont ouvert la porte à une concentration de la richesse qui a découché, très récemment, sur une crise économique mondiale inégalée depuis le krach boursier de 1929.
Mais ça, nous le savions déjà. Ce que nous savions peut-être moins collectivement est la complicité tacite de plusieurs gouvernants qui ont provoqué, dans la réalité, l'inverse au discours construit. Une déréglementation - accords de libre-échange qui réduisent leur capacité d'intervention pour corriger les imperfections de « la main invisible » dont on sait qu'elle est inexistante - dont l'objectif avoué était de créer de la richesse mais qui, à l'usage, l'a concentrée entre quelques mains privilégiés.
Pour preuve la précarité de l'emploi (travailleurs autonomes, travail temps partiel et revenus en baisse pour les temps plein) qui a fait un important bond en avant sans que des mesures compensatoires puissent être prises en parallèle, dit encore le rapport.
Et le meilleur moyen d'exposer ce fait avéré est le coefficient de Gini, cette mesure mondialement reconnue des inégalités par laquelle une valeur nulle indique que tous ont le même revenu, et la valeur 1 qui indique l'individu le plus riche possédant toute la richesse.
Or on constate qu'au milieu des années 1980, la moyenne des pays membres de la zone OCDE était de 0,29. À la fin des années 2000, cet indice avait augmenté de 10% pour atteindre 0,316.
Aux États-Unis, l'indice est passé de 0,32 à 0,38, de 0,20 à 0,26 en Suède, de 0,45 à 0,47 au Mexique alors que la Finlande a fait un bond de 0,21 à 0,25.
Cette concentration de la richesse se manifeste aussi par une fiscalité qui a permis, au Canada, aux États-Unis, à l'Irlande et la Finlande de réduire drastiquement leur niveau de taxation des plus riches, le faisant ainsi passer de 70% à moins de 40% sur une période d'à peine 20 ans.
Au Canada, qui avait jadis la réputation d'être au niveau des social-démocraties scandinaves, on constate un relâchement des autorités politiques en la matière. En effet, des programmes sociaux accessibles et une fiscalité plus égalitariste permettaient, au milieu des années 1980, de corriger les imperfections du marché (inégalités) à la hauteur de 90%. Or, ce contrepoids n'est plus que de 20% aujourd'hui. Privant, au passage, davantage de gens de la justice redistributrice.
En comparaison, la moyenne des pays de l'OCDE, dit toujours le rapport de l'OCDE sur les inégalités croissantes, était de 64% pour la même période et de 20% aujourd'hui.
Mettre l'accent sur la formation, l'acquisition des savoirs, la recherche de meilleurs emplois, la lutte à l'invasion fiscale, la fiscalité progressive et le contrôle des crédits d'impôts serait sans doute un bon point de départ vers une réduction générale des inégalités. Seulement, la volonté politique de pacifier le marché en se détachant de sa logique primaire ne pourra être possible, au final, que si on prend collectivement conscience des rapports de force que le rapport de l'OCDE pointe du doigt...
Vidéo de l'OCDE sur les inégalités socio-économiques actuelles dans les pays membres (en anglais):
http://www.youtube.com/watch?v=ZaoGscbtPWU&feature=player_embedded





