Réchauffement climatique

Date : 2012-01-10 Sujets :

Et maintenant, on fait quoi?

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Par Christian Bolduc
Coordonnateur de la rédaction
Éditeur des infoKöSE

 

Le 12 décembre dernier, le ministre fédéral de l'Environnement Peter Kent annonçait ce qui était devenu inéluctable : le Canada se retirait officiellement du protocole de Kyoto parce qu'il aurait à payer un trop lourd tribut d'amendes, disait-il pour justifier cette décision, pour avoir outrepassé les cibles prévues dans l'entente pour 2012.
Cette décision, orchestrée au préalable dans les médias afin de préparer l'opinion publique, suivait d'une journée le retour du ministre de la conférence de Durban sur les changements climatiques où une feuille de route - légalement con-contraignante - avait été signée par les quelque 190 pays membres de l'ONU convoqués en Afrique du Sud afin de trouver des solutions au réchauffement de la planète.
N'ayant jamais cru au protocole de Kyoto depuis qu'il a pris les rennes du pouvoir, en 2006, le gouvernement conservateur allègue, dans son argumentaire, que ces contraintes réduisent dangereusement la compétitivité de l'économie canadienne et placent, par un effet domino, des concurrents non-signataires (États-Unis et plusieurs pays émergents, notamment) en position de force par rapport aux entreprises du pays qui ont, en principe, des obligations à investir des ressources financières dans la réduction des gaz à effet de serre.
Au même moment, l'Organisation météorologique mondiale (OMM) rendait public, en amont de la conférence de Durban, son 7ème rapport annuel sur le niveau de concentration des gaz à effet de serre présent dans l'atmosphère. Son constat? Un taux actuel de 2,3ppm (particules par million) contre 2,0ppm 10 ans auparavant et 1,15 ppm de moyenne au début des années 1990.
Et qu'est-ce que cela veut dire, précisément? Avec 40% de dioxyde de carbone et 158% de méthane de plus dans l'atmosphère qu'au début de l'ère industrielle, au milieu du XVIIIème siècle, la Terre retient, en 2011, à peu près 33% de rayons de soleil qui seraient autrement rejetés dans l'espace.
Les conséquences directes de cette activité humaine sont : une augmentation de la température globale évaluée entre 2 et 4 degrés Celsius par l'OMM, une élévation graduelle du niveau de la mer, des sécheresses plus nombreuses et des catastrophes naturelles plus violentes et plus meurtrières.
Cette nouvelle bravade du Canada sur la scène internationale peut peut-être aussi s'expliquer par l'absence de conséquences prévisibles pour la sécurité de la population canadienne.
Selon l'organisation Climate Action Tracker, dont la présence à Durban lors de la signature de la feuille de route a été remarquée, on affirme que l'Afrique de l'ouest et l'Asie du sud seraient alors les régions les plus touchées par une augmentation de la température moyenne de 2degrés Celsius sur la Terre.
Un sentiment d'urgence, donc, qui ne pèse pas dans la balance des conservateurs fédéraux lorsque vient le temps de jauger les avantages et inconvénients du protocole de Kyoto.
Responsable historique de la concentration de CO2 dans l'atmosphère, l'Occident (dont le Canada) ne pourra éternellement continuer à aspirer les pays en émergence dans son sillon et espérer qu'à terme, cet avantage économique qui est le leur ne sera pas perdu dans les dédales de traités non-contraignants pour tous. Dont le protocole de Kyoto, bien entendu.
La feuille de route de Durban a justement pour objectif de lier les pays en émergence (Inde, Chine, Brésil, Afrique du sud et autres) aux puissances occidentales dans un traité mondial englobant.
Plus prosaïquement, les pays riches disent aux pays pauvres : nous vous avons colonisés, néo-colonisés, exploités, pillés, pollués, paupérisés et assassinés depuis 500 ans. Maintenant que ces avantages économique, financier et politique impliquent des responsabilités envers l'humanité, son environnement et la survie de l'espèce, certains pays riches cherchent toutes sortes de subterfuges pour s'en soustraire.
Mais comme le disait brillamment le groupe Mes Aïeux dans une chanson tirée de son disque Ligne orange, « le déni de l'évidence » doit céder le pas à une lucidité désintéressée et à une décroissance économique raisonnée si nous voulons survivre et prospérer sur cette chère planète. Conséquemment...
2015 est une année de vérité en ce qui a trait à volonté du monde de faire virer le vent de côté sur la question du réchauffement climatique. À ce moment-là, la feuille de route signée par tous les États à Durban devra avoir cédé le pas à un plan d'action concerté, mondial, musclé, engageant, contraignant et punitif pour tous les pays du monde avec, à la clé, des budgets, des cibles ambitieuses, une volonté inébranlable des sociétés civiles et politiques et de l'aide financière pour les pays ayant une structure économique et financière moins solide.

Quant au Canada, une occasion unique lui est offerte aujourd'hui d'évacuer cette image persistante de pollueurs impétueux et irresponsables qu'il s'est construite depuis 2006. Parce qu'avec deux bonnets d'âne à Durban, un bilan environnemental très négatif, une volonté politique inexistante - des compressions annoncées le 13 décembre au ministère fédéral de l'environnement inquiètent le commissaire à l'environnement, Scott Vaughan – et des réticences à cette feuille de route pourtant très timide de Durban, ce pays joue en ce moment ce qui lui reste de crédibilité à l'échelle internationale.

Tout cela, en fait, pour espérer se donner un avantage concurrentiel sur les marchés internationaux, le Canada risque de se faire considérer tel un voyou non-fiable par des partenaires économiques qui auront peut-être envie de taxer les produits manufacturés d'un pays aux lois environnementales très poreuses...

Alors, on fait quoi à partir de maintenant M. Harper?

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